Dix Lions / Diarra Tan / Ten Lions de Claire Tipy

La procédure de visa…
…pour un conjoint non-européen, partenaire civil, domestique ou de même sexe d’un citoyen de l’UE est un processus administratif laborieux. Durant cette procédure, le citoyen européen devient le “sponsor » de son conjoint non-européen.

Au Royaume-Uni,
si le Ministère de l’Intérieur doute de l’authenticité de la relation (mariage “blanc”), un entretien de mariage est arrangé, généralement au Capital Building à Liverpool pour les deux conjoints. Les coûts de déplacement sont à leurs frais. Les conjoints sont appelés dans des pièces séparées et doivent répondre à une série de questions. L’entretien dure environ 4 heures. Beaucoup de témoignages ont décrit cette expérience comme la plus stressante, humiliante et difficile de leur vie.

Des faits similaires se produisent dans de nombreux pays européens. En France, depuis quelques années, beaucoup de mairies reçoivent systématiquement les futurs époux pour un “entretien pré-mariage”.

Comment juge-t-on l’amour ? Comment prouve-t-on l’amour ? Dans un contexte social et politique où l’immigration est sujette à de quotidiens débats, les gouvernements semblent avoir trouvé une réponse à ces questions pourtant difficiles : il faut fournir des preuves administratives de vie commune, de la documentation privée (emails et textos échangés, photos, etc.), connaître la couleur des murs de la salle de bain et ce qu’on a mangé au petit déjeuner samedi dernier.

L’immiscions de l’État dans la vie privée se normalise, le voilà devenu Grand Juge de l’Amour !

Que feriez-vous ? Que diriez-vous pour prouver l’authenticité de vos sentiments ? Et si on ne vous croit pas ? Et si ça ne suffit pas ? Et si ça ne suffit jamais ?

Dix Lions/Diarra Tan/Ten Lions raconte une de ces luttes pour la “légitimité” officielle.

Claire Tipy
Rock Paper Scissors Theatre

5 bonnes raisons pour marcher sur les traces de Vilar

Jean Vilar

Avignon
Lorsqu’on évoque le nom de Jean Vilar, on pense alors festival, Palais des Papes, Cour d’honneur…Et ce n’est pas qu’un simple fait du hasard si la « Semaine d’Art » en Avignon fait grand bruit en 1947. L’homme de théâtre voit les choses en grand et ne se contente pas de monter une pièce dans la cour d’honneur à l’occasion d’une exposition d’art contemporain, mais une triple création ! Le plus grand festival de théâtre au monde est né.

Le TNP
En 1951, lorsque Jeanne Laurent place Vilar à la tête de Théâtre National Populaire au Palais de Chaillot, elle ne s’y trompe pas. Qui d’autre que lui pouvait faire de cet immense vaisseau froid, de près de 3000 places, à l’acoustique épouvantable, un lieu où peuvent se réunir artistes et public autour d’avant-premières ou dialogues, et tout cela avec 5 fois moins de subventions que la Comédie Française ?

Metteur en scène ou régisseur ?
Dans sa quête pour un nouveau théâtre Vilar interchangera volontiers les deux termes. Il ne se reconnait ni dans les scènes « à l’italienne » ni dans le rôle d’un metteur en scène tout puissant. Le régisseur, lui , doit « réduire le spectacle à sa plus simple et difficile expression qui est (…) le jeu des acteurs ». Supprimant ainsi rideau de scène, rampe et décor, il privilégie les objets évocateurs que l’imagination du spectateur peut sublimer.

Théâtre de service public
Vilar déclare son évidente ambition : « faire partager au plus grand nombre ce que l’on a cru devoir réserver jusqu’ici à une élite ». Shakespeare, Musset, Brecht, T.S. Eliot sont aussi pour la classe populaire ! Il réinvente les conditions de réservation, d’accueil et de placement du public, il crée un système d’abonnement avec un mensuel et des tarifs réduits pour d’autres manifestations artistiques. Il contacte les comités d’entreprise, les syndicats et associations culturelles… Pour que  le théâtre soit de « service public, tout comme l’eau, le gaz et l’électricité. »

Construire ensemble
Il fallait une équipe incroyable et des gens engagés pour participer de cet élan révolutionnaire. L’atout de charme c’est bien sûr Gérard Philippe, qui séduira tous les publics et renoncera à des cachets importants pour que s’enracine l’idée d’un théâtre de haute qualité et accessible à tous. Maurice Jarre à la musique et Pierre Saveron à la lumière donneront la dimension éclatante des créations de Vilar. Et bien sûr, Jean Rouvet, administrateur général, contribuera largement à la réussite de cette entreprise.

Emma Boulay
Ouvrages et sites :
  • Le théâtre, service public de J. Vilar, 1975 Gallimard
  • Le théâtre populaire selon Jean Vilar de Ph. Wehle, 1982 Actes Sud Théâtre
  • Jean Vilar de C. Roy, 1987 Calman-Lévy
  • Histoire du théâtre dessinée d’André Degaine, 2000 Nizet
  • Les cahiers de Jean Vilar
  • Jean Vilar par lui-même, 1991 Maison Jean Vilar
  • Théâtre populaire et représentations du peuple de Marion Denizot, 2010 Presses Universitaires  de Rennes
  • www.maisonjeanvilar.org

Firmin Gémier ou la naissance du théâtre populaire

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Pour un « art vraiment collectif et supérieur, accessible à l’instinct aussi bien qu’à l’intelligence, accordant la matière et l’esprit… » Firmin Gémier

 

De la matière et de l’engagement 

Firmin Gémier est, très jeune, gagné par la passion du théâtre et son engagement y sera total. De ses débuts peu prometteurs de comédien à L’Ambigu (1887) à la direction de l’Odéon (1922-1930), il aura occupé tous les postes, de régisseur à fondateur du groupement des Artistes Associés et aura dirigé pas moins de 6 théâtres. A la fin de sa vie il se tournera vers le cinéma.

Son parcours est parsemé de combats novateurs et militants qui viennent bousculer le paysage culturel entre recherches d’esthétique, éducation populaire, formation des acteurs, défense d’un théâtre bon marché (dont il est l’un des pionniers avec Antoine)  engagement personnel et financier dans les fragiles débuts du Théâtre National Populaire. Chaque action menée, parfois de manière simultanée, en nourrit une autre.

Véritable meneur d’hommes, il aime diriger les comédiens et les mouvements de foule qui le fascinent tant sur la scène que dans les gradins. Il osera le théâtre de masse avec la direction du Cirque d’Hiver, renouera avec les traditions populaires (pastorales et mystères) en évitant l’écueil d’un théâtre de classe et ne cédera jamais sur la qualité d’un art dramatique supérieur.

 

 De l’esprit et du mouvement

Issu d’un milieu modeste, Gémier n’aura de cesse de promouvoir l’accessibilité du théâtre au plus grand nombre et surtout auprès des gens les plus modestes. Il imagine un théâtre qui part à la rencontre du public : le Théâtre National Ambulant. Il offre tout le confort des salles parisiennes, se déplace de ville en ville, accueille tous les publics et le prix des places n’excède pas 7 francs !

Afin de développer un « art propre à prolonger la joie en des salles où le manuel pourra s’asseoir à côté du savant », Gémier repense également l’espace scénique et le rapport au public. Avec la fondation de la Société Shakespeare et la création du Marchand de Venise, il redéfinit les contours de la scène, place les acteurs au milieu, déborde le cadre,  supprime la rampe et s’associe au genre du music-hall.

Malgré les échecs, souvent financiers, il multiplie les expériences de décentralisation (à Lyon par exemple), poursuit son ambition de réunir le peuple sous un même espace vers une même émotion avec notamment la direction du Théâtre National Populaire. Ambassadeur d’un art pour le peuple, nécessaire et vital, Firmin Gémier laisse une empreinte faite d’utopie, de sueur et de ténacité, pour un art engagé et universel et d’autres comme Vilar marcheront sur ces traces.

 

En savoir plus ?
Histoire du théâtre dessinée d’André Degaine, 2000 Nizet
Les cahiers de Jean Vilar n°115
Firmin Gémier : Héraut du théâtre populaire, 2006 Presse Universitaire Rennes, de Catherine Faivre-Zellner
theatre-chaillot.fr/1920-1951-gemier
www.tnp-villeurbanne.com/le-tnp/lhistoire/historique-du-tnp

 

Mourad Merzouki : Pixel, une expérience digitale

Mourad Merzouki © Gilles Aguilar

Une poésie moderne signée Mourad Merzouki, quand l’art numérique percute la danse contemporaine : attention aux Pixels !

Un beau cadeau 2.0. 

En ce début d’année, la Maison de la Danse nous offrait un cadeau 2.0 : Pixel. Musique envoûtante, technique exceptionnelle, maitrise et fluidité, Mourad Merzouki nous emmène dans un univers poétique et numérique bouleversant nos perceptions. La frontière entre le réel et le virtuel se contorsionne jusqu’à disparaître. Ne reste que le talent et ce dialogue vif, vivant, entre les codes numériques et les chorégraphies millimétrées.

Attraction et résistance

Les tableaux défilent et s’enchaînent, alternant les rythmes doux et l’énergie explosive, ponctués d’expériences sensorielles : rotation de la scène à 180°, décor continu qui nous plonge dans un monde de jeu vidéo… Le numérique s’infiltre entre les danseurs pour les diviser, les provoquer et au final les rassembler. Un véritable pourparler s’engage, l’homme tente de résister contre l’omniprésence de l’image malgré l’attractivité que le Pixel exerce.

Lorsque l’art numérique sublime la danse

De la chorégraphie à la musique, des danseurs à la réalisation numérique, tout dans Pixel est en haute définition. Chaque discipline en souligne une autre, elles s’enrichissent et se subliment. Une mention spéciale pour les deux créateurs numériques, Claire Bardainne et Adrien Mondot qui ont accompli avec Mourad Merzouki une co-construction parfaite au rendu impeccable.

 

Vu à la Maison de la Danse le 28 janvier 2015  – Visible sur Concert Arte TV  et partout en France !

Direction artistique et chorégraphie : Mourad Merzouki / Création numérique : Adrien Mondot / Claire Bardainne

On aime bien cette version des 3 petits cochons

ll était une fois… trois petits cochons et … un loup ! Pour cette version visuelle, sonore et totalement originale, trois artistes manipulent, donnent voix et réinventent l’art de conter. Et on se rit du loup décidément trop bête pour réussir à se mettre sous la dent Emilio, Léon et Elvire. Un véritable petit film d’animation se fabrique sous nos yeux : sons et bruitages en direct, manipulation des silhouettes et défilé des décors projetés sur grand écran. Et on a voyagé au pays des contes.

Patrik Cottet-Moine

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Le théâtre Mobile Populaire à programmer Patrik Cottet-Moine.  Ce farfelu sort des sentiers où il s’est battu pour refaire le monde, le sien, aussi vaste que son imagination. D’un rien, il dessine des univers entiers avec un art consommé du mouvement et de l’acuité du regard. C’est un adroit qui se plait à jouer les maladroits, un magicien de la gestuelle qui peut transformer un tabouret en ange, un drap en cheval… Inclassable car autodidacte , sa mise en corps longiligne, en bruitages réalistes, et en humour ne se revendique d’aucune école de cirque, de clown ou de mime. Patrik COTTET MOINE joue de son sens aigu de l’observation, et sait avec fantaisie mais aussi une grande sobriété, entraîner son auditoire dans des situations des plus inattendues.

Qui es-tu Fritz Haber de Claude Cohen – Mise en scène Xavier Lemaire

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Est-ce vraiment l’homme que j’ai épousé ? Nous sommes-nous tellement éloignés l’un de l’autre au point de nous perdre ?
Clara, chimiste allemande, ne reconnaît plus son mari Fritz Haber, chimiste comme elle et qui utilise ses travaux à des fins mortelles : l’élaboration du gaz de combat qui sera utilisé dans les tranchées en 1915.
Pris dans l’intimité de ce dîner, on assiste à la violente dispute des deux époux qui nous interpelle sur des questions d’éthique, de conscience, d’amour et d’ambition. Les comédiens sont extraordinaires de conviction ; à voir absolument.Actuellement au Théâtre de poche : http://www.theatredepoche-montparnasse.com.

Colorature, Mrs Jenkins et son pianiste De Stephen Temperley

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Qui n’a pas souri et eu pitié des oreilles du Capitaine Haddock quand il lui fallait assister aux récitals de la Castafiore ?
Mrs Jenkins et son pianiste c’est l’histoire de cette richissime américaine, persuadée de posséder une colorature d’exception, qui faisait se déplacer les foules alors même qu’elle chantait terriblement faux ! Voilà pour le côté humour, et pour le côté tendre il y a ce lien précieux que la « cantatrice » a tissé avec son pianiste bienveillant (bien que pas toujours en accord…) qui l’accompagnera pendant 12 ans.
Un spectacle musical exaltant et drôle, toute en finesse entre fausses notes et justesse du jeu des comédiens. Nous espérons bientôt  retrouver Agnès Bove et Grégori Baquet sous le Théâtre Mobile Populaire.

Les Rois Vagabonds – Concerto pour deux clowns

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Ils n’officient pas sous chapiteau et pourtant tous les ingrédients du cirque sont là : nez rouge, costumes extravagants, instruments de musique, boîtes de Pandore ou de magicien. Ils se jouent des codes et de toutes les disciplines, tantôt acrobates, mimes ou musiciens et s’ils font rire (normal, ce sont des clowns !) ils nous émerveillent.
Couple fantasque et à priori mal assorti pour une piste aux étoiles réinventée et poétique.
Pour sûr, ces deux vagabonds-là sont à suivre.

Appropriez vous le Théâtre Mobile Populaire

Les 13, 14, 15 et 16 novembre c’est comme si vous étiez chez vous et vous pourrez, quand vous le souhaitez, venir sous le Théâtre Mobile Populaire.

Quand et comment ? Avant : Vous pourrez venir le visiter et observer la prouesse des techniciens qui vont réaliser le montage de cette superbe structure géodésique. Regarder les projections qui vous présenteront les programmes de manière inédite. Toucher les fauteuils rouges et tester si l’assise vous convient. Nous poser des questions sur les spectacles qui seront présentés. Discuter des prix des places. Vous êtes chez vous.

Pendant : Vous pourrez découvrir les spectacles que vous aurez choisis et laisser parler vos émotions : Prendre parti pour tel ou tel personnage, approuver ou pas ce qui s’y passe, s’y joue, s’y vit, rire aux éclats, verser une larme, rêver, vous laisser convaincre ou séduire. Sans pudeur, sans vergogne, sans tabous. Venir au Théâtre Mobile Populaire sera une occasion d’être vous-même. Vous serez, pour un moment, acteur du temps et de l’espace présenté sous le Théâtre Mobile Populaire. Vous êtes chez vous.

Après : Vous pourrez partir discrètement mais vous pourrez aussi partager vos impressions entre vous : autour d’un verre, d’une cigarette ou d’un repas, en critiquant le jeu des comédiens, la violence du texte, la performance du mime ou la dextérité de l’acrobate. Réagir. Exprimer ce que vous avez adoré ou ce qui ne vous a pas plu. Dire ce qui vous a fait marrer, ce avec quoi vous n’êtes pas d’accord. Lancer un débat sur une question politique majeure. Devenir comme le prolongement du comédien dans la rue. Faire bouger l’idée que vous aviez du théâtre ou du spectacle vivant. Prendre possession de cet espace-temps unique. Vous êtes chez vous. Heureux propriétaire de ces moments de théâtre, venez profiter de votre bien.

Rodolphe Tipy